le corps – Raphaël Noica

Nous vivons inconsciemment une hérésie : le dualisme. Nous pensons que l’esprit est autre chose que la chair et le sang, bien que ce soit dans cette chair et ce sang que nous recevions la grâce, bien que nous entendions dire dans les Écritures que ce corps-là tel qu’il est, doit devenir TEMPLE du Saint-Esprit. Voilà que le Psaume 50 mentionne le Sion et Jérusalem et, selon les philocaliques, ce Sion qui est justement notre cœur — où le Nom du Seigneur doit demeurer à jamais. Faites attention à ceci — et si ce que j’essaye d’exprimer est maladroit, j’espère que Dieu vous aidera à comprendre : une bonne assise dans notre corps est un acte spirituel. Bien comprendre notre chair et notre sang est un acte spirituel et nous met dans l’Esprit. Mais je ne saurais pas l’expliciter beaucoup plus, si ce n’est que, tant qu’on est dans une dichotomie entre la chair et l’esprit, on est dans un degré d’erreur de cette hérésie du dualisme, selon laquelle la chair est mauvaise et l’esprit est bon.

Hiéromoine Raphaël Noica

le corps produit continuellement du sens

Exister, signifie d’abord se mouvoir de manière intelligible pour soi et pour les autres dans un espace et une durée, transformer son environnement grâce à une somme de gestes efficaces, trier et attribuer une signification et une valeur aux stimuli innombrables de l’environnement grâce aux activités perceptives, livrer à l’adresse des autres une parole, mais aussi un répertoire de gestes et de mimiques, un ensemble de ritualités corporelles répondant avec un style propre aux attentes communes. C’est aussi traduire une affectivité à travers une manière d’être, des usages particuliers du visage et du corps. À travers sa corporéité, l’homme fait du monde la mesure de son expérience. Il le transforme en un tissu familier et cohérent, disponible à son action et perméable à sa compréhension. Émetteur ou récepteur, le corps produit continuellement du sens, il insère ainsi l’homme à l’intérieur d’un espace social et culturel donné.

David LE BRETON, Anthropologie du corps et modernité
PUF 2008, page 18

La respiration, principale fonction de relation.

Le respir, le souffle, représente le premier contact de l’être humain avec son environnement naturel. Du premier cri du nouveau-né, jusqu’au dernier souffle du mourant, sans relâche (la respiration) accomplira sa mission : nourrir l’être physique de la principale force vitale, l’air ambiant. Elle permet aussi la relation verbale avec autrui. (…)

Sommes-nous assez conscient de l’influence que la qualité de notre respiration peut avoir sur notre équilibre général ? La circulation sanguine et l’état nerveux, principaux facteurs de santé, dépendent fondamentalement de la respiration, comme l’état du psychisme et du mental. Ainsi s’explique l’intérêt que les Anciens attachaient à la respiration. (…) On remarquera que la respiration est la seule fonction dépendant du système neuro-végétatif qui soit néanmoins sous le contrôle de la volonté. Aussi représente-t-elle la seule possibilité pour l’être conscient d’agir directement sur la fonction neuro-végétative dont on connait l’étroite relation avec le psychisme. Il y a une interdépendance constante entre état émotif et respiration. De même que les émotions influencent la respiration, la respiration influence les émotions.

LA RELAXATION ACTIVE, Maurice MARTENOT, Le Courrier du Livre, 2015, p. 34

Tonicité musculaire et émotions

Pour le nourrisson, l’état de tension est associé au déplaisir, et la détente au plaisir. Tout le monde a pu effectivement constater que le bébé en état de besoin (qui a faim par exemple) manifeste un état de tension corporelle rapidement généralisée : il tend les bras, serre les points, redresse la tête en tendant son axe vertébral, jusqu’à crier ou perdre son souffle. Puis, dès que le besoin est satisfait, l’enfant se détend progressivement : ses membres se relâchent, sa respiration s’apaise. Le tonus à ici une fonction d’information des états de base du bébé, non parce que le bébé donne lui-même volontairement un sens à ses variations toniques, mais parce que, de fait, ses variations accompagnent de manière significative ses besoins, ses demandes et ses humeurs. Le tonus devient véritablement communication à partir du moment ou il trouve un écho dans l’entourage, qui lui donne sens et y répond à sa façon. (…)

Même quand le langage apparaît, le corps ne perd pas pour autant sa fonction expressive, ni ne disparaît de la communication. À l’âge adulte, la fonction tonique reste le véhicule d’une forte charge émotionnelle, comme un langage d’avant les mots qui continue à parler en amont ou au-delà des mots. La mauvaise répartition des tensions corporelles est un obstacle à l’aisance naturelle du corps, mais aussi à la fluidité psychologique de la personne ; car cela fonctionne dans les deux sens : un tonus trop élevé signe une surcharge affective, un non-dit ou un excès de stress ; en retour, il entretient la difficulté qui est à son origine. Comme les animaux qui raidissent leurs membres face à un danger, l’homme raidit son corps face à une situation difficile, qu’elle soit physique ou psychologique, ponctuelle ou permanente. Ses attitudes, postures, gestes, continuent ainsi à avoir un sens pour l’interlocuteur, sens aussi fort et si présent qu’il prime parfois sur le contenu verbal du message (par exemple, on reconnaît le mensonge ou la gêne à des attitudes corporelles en contradiction avec ce qui est dit).

Ève BERGER
Le mouvement dans tous ces états
Point d’appui, 1999

être de nouveau soi-même

La maladie est la manifestation d’un déséquilibre interne. Cette expression du déséquilibre concerne souvent l’être tout entier. En pratique, elle peut-être plus facilement identifiable sur l’un des trois plans de l’existence : physique, psychique ou spirituel. La médecine chinoise cherche à agir de manière concomitante sur le niveau physique et psychique (médecine psycho-viscérale). La méthode Ehrenfried cherche une solution par l’éducation du corps. D’autres thérapeutiques ne considèrent que l’expression pathologique du psychisme et dénoue l’écheveau de la maladie à partir des émotions. Le but est toujours de chercher à guérir la totalité de l’être, dans son unité, pour être de nouveau soi-même.

« Ce qui guérit, c’est de ramener un patient qui n’est pas tout à fait lui-même à être de nouveau tout à fait lui-même ».

Edward Bach

Pour vivre dans un monde d’amour, il faut aimer.

La transformation au niveau psychique entraîne une transformation au niveau physique. Des émotions extrêmes et prolongées ont un effet sur les perceptions sensorielles (Qiao), faisant obstacle au développement d’autres possibilités et déterminant certaines attitudes personnelles.

À terme, une personne qui est constamment en colère cherchera toujours à se mettre dans des situations qui lui permettent d’être en colère : dans ses relations avec les autres, dans les paroles qui lui déplaisent, elle ne retient que ce qui provoque sa colère. Elle développe une attitude de colère envers la vie.
Une personne en colère vit dans un monde en colère.
De la même façon, une personne dépressive vit dans un monde dépressif.
Si l’on désire vivre dans un monde d’amour, il faut avant tout aimer.

Si l’on éprouve de la colère envers quelqu’un, cette colère produit de la frustration, la frustration peut engendrer le ressentiment. Mais en éprouvant ce sentiment on finit par créer un lien avec la personne contre laquelle on est en colère. Souvent, la colère est générée par le fait que la personne ne répond pas aux attentes ou qu’elle ne rend pas autant que ce qu’on lui donne.
Si l’on on se rend compte que ce que l’on fait ne devrait pas provoquer chez nous l’attente de recevoir quelque chose en échange on peut changer la colère en bienveillance. Les émotions peuvent donc être le facteur d’apprentissage d’un comportement différent par rapport à la société.

Simongini & Bultrini ; Le psychisme dans la médecine chinoise ; Quintessence, 2014, p. 56 sq.

La santé appartient à l’homme

La santé, celle qui permet à l’homme de vivre, qui lui permet d’affronter son destin en toute confiance, lui appartient. L’homme s’est déresponsabilisé une fois de plus en décidant que son bien le plus précieux et sans lequel rien ne se crée et ne se fait dans le monde, serait géré par une tierce personne.

L’homme est un tout, esprit et corps et celui-ci ne peut en aucune façon être découpé et traité par morceaux. L’homme est un château de cartes où chaque élément a autant d’importance que son voisin, contribuant à la solidité de l’ensemble. Système cybernétique par excellence, le corps humain réagit à toutes agressions par des réactions en chaînes imprévisibles, traduites par des symptômes apparement aussi divers et éloignés que possible.

 

Bernard Woestelandt ; De l’homme cancer à l’homme dieu. Dervy-Livres, 1996, p.19 & 36

le corps, premier objet de l’attention divine

« Le corps n’est pas un accident. L’homme ne saurait être conçu comme une âme placée accidentellement dans une sorte d’enveloppe terrestre qui lui serait totalement étrangère (…) Le premier objet digne de l’attention divine, c’est le corps de l’homme. »

Josy Eisenberg et Armand Abecassis ; A Bible Ouverte ; Albin Michel, 1978 ; p.235

la vie engendre la vie

En Chine, depuis l’Antiquité, résonne une brève phrase que les Chinois se transmettent de génération en génération, phrase qui tire son origine du Livre des Mutations, le Yi Jing, premier ouvrage de la pensée chinoise, rédigé mille ans avant notre ère, auquel se réfèrent aussi bien le taoïsme que le confucianisme. Cette formule se compose de quatre caractères, percutants comme des coups de cymbales : Sheng-sheng-bu-xi, ce qui signifie: « La vie engendre la vie, il n’y aura pas de fin. » C’est cette maxime qui a permis au peuple de survivre à tous les conflits meurtriers et à toutes les catastrophes.
L’homme, petit être perdu au sein de l’univers, a bien du mérite. En dépit de tout, il a tenu et continue de tenir le flambeau de la vie. Entrant dans la vie, il doit assumer les épreuves provenant de tous les niveaux du monde environnant et de son être propre : biologique et psychique, éthique et spirituel. Dans ces épreuves, la suprême étant la mort, il connaît douleurs et souffrances. Il y a là une indéniable grandeur. Par-delà les épreuves, toutefois, des joies lui sont accordées, charnelles comme spirituelles, couronnées par un grand mystère, celui de l’amour. Sans l’amour, aucune jouissance ne prend son sens plénier ; avec l’amour, qui engage tout l’être, tout est pris en charge, le corps, l’esprit et l’âme.

François Cheng, Cinq méditations sur la mort, Albin Michel 2013, pp. 69 et sq.

le corps, don du ciel

J’ai quitté mon corps,
cet outil précieux qui m’a été donné
pour accomplir ma tâche sur terre.
Il a été trop usé par le temps.
Je sais qu’un autre outil me sera donné,
plus approprié pour une nouvelle tâche.

Toi aussi, tu as une tâche, une tâche unique.
Il est bénéfique de bien l’accomplir
aussi longtemps que ce rare don du Ciel
– ton corps terrestre –
est utilisable.
Sinon tu as vécu en vain.

Faire-part de décès de Gitta Mallasz