La respiration, principale fonction de relation.

Le respir, le souffle, représente le premier contact de l’être humain avec son environnement naturel. Du premier cri du nouveau-né, jusqu’au dernier souffle du mourant, sans relâche (la respiration) accomplira sa mission : nourrir l’être physique de la principale force vitale, l’air ambiant. Elle permet aussi la relation verbale avec autrui. (…)

Sommes-nous assez conscient de l’influence que la qualité de notre respiration peut avoir sur notre équilibre général ? La circulation sanguine et l’état nerveux, principaux facteurs de santé, dépendent fondamentalement de la respiration, comme l’état du psychisme et du mental. Ainsi s’explique l’intérêt que les Anciens attachaient à la respiration. (…) On remarquera que la respiration est la seule fonction dépendant du système neuro-végétatif qui soit néanmoins sous le contrôle de la volonté. Aussi représente-t-elle la seule possibilité pour l’être conscient d’agir directement sur la fonction neuro-végétative dont on connait l’étroite relation avec le psychisme. Il y a une interdépendance constante entre état émotif et respiration. De même que les émotions influencent la respiration, la respiration influence les émotions.

LA RELAXATION ACTIVE, Maurice MARTENOT, Le Courrier du Livre, 2015, p. 34

Tonicité musculaire et émotions

Pour le nourrisson, l’état de tension est associé au déplaisir, et la détente au plaisir. Tout le monde a pu effectivement constater que le bébé en état de besoin (qui a faim par exemple) manifeste un état de tension corporelle rapidement généralisée : il tend les bras, serre les points, redresse la tête en tendant son axe vertébral, jusqu’à crier ou perdre son souffle. Puis, dès que le besoin est satisfait, l’enfant se détend progressivement : ses membres se relâchent, sa respiration s’apaise. Le tonus à ici une fonction d’information des états de base du bébé, non parce que le bébé donne lui-même volontairement un sens à ses variations toniques, mais parce que, de fait, ses variations accompagnent de manière significative ses besoins, ses demandes et ses humeurs. Le tonus devient véritablement communication à partir du moment ou il trouve un écho dans l’entourage, qui lui donne sens et y répond à sa façon. (…)

Même quand le langage apparaît, le corps ne perd pas pour autant sa fonction expressive, ni ne disparaît de la communication. À l’âge adulte, la fonction tonique reste le véhicule d’une forte charge émotionnelle, comme un langage d’avant les mots qui continue à parler en amont ou au-delà des mots. La mauvaise répartition des tensions corporelles est un obstacle à l’aisance naturelle du corps, mais aussi à la fluidité psychologique de la personne ; car cela fonctionne dans les deux sens : un tonus trop élevé signe une surcharge affective, un non-dit ou un excès de stress ; en retour, il entretient la difficulté qui est à son origine. Comme les animaux qui raidissent leurs membres face à un danger, l’homme raidit son corps face à une situation difficile, qu’elle soit physique ou psychologique, ponctuelle ou permanente. Ses attitudes, postures, gestes, continuent ainsi à avoir un sens pour l’interlocuteur, sens aussi fort et si présent qu’il prime parfois sur le contenu verbal du message (par exemple, on reconnaît le mensonge ou la gêne à des attitudes corporelles en contradiction avec ce qui est dit).

Ève BERGER
Le mouvement dans tous ces états
Point d’appui, 1999

l’expérience de la lenteur

Il suffit de s’installer à une terrasse de café et d’observer les gens, pour s’apercevoir à quel point la gestuelle usuelle est rapide, et à quel point cette vitesse mécanisée entretien le caractère automatique du mouvement, ne laissant aucune place pour d’autres sensations que celle, grossière, de bouger d’un endroit à un autre. (…)
Un premier bienfait de la lenteur est le repos qu’elle procure : s’offrir un mouvement très lent, c’est offrir au corps une pause dans une existence au rythme effréné.
Mais surtout, la lenteur est un élément clé de la perception du mouvement sensoriel, et ceci pour deux raisons : tout d’abord, elle offre le temps de prendre conscience du déroulement du mouvement, ouvrant ainsi un espace d’observation, de vigilance, dans lequel on peut capter nombre d’informations jusque-là inconscientes. C’est comme un film au ralenti, où l’on arrive à percevoir des choses qui était indétectable à la vitesse normale. (…)

Le mouvement lent bénéficie d’une assistance proprioceptive continue tout au long de son exécution, contrairement au mouvement rapide, du fait de la brièveté de ce dernier et des délais d’intervention des boucles proprioceptives. Il y aurait en quelque sorte « plus » à sentir dans un mouvement lent que dans un mouvement rapide. (…)

Les stratégies pour ralentir la vitesse gestuelle sont nombreuses. L’élève débutant a tendance à exercer un jeu subtil de contractions musculaires ; il n’obtient alors qu’une lenteur retenue, qui ne donne accès à aucune sensation car la contraction musculaire éteint et étouffe les sensations intérieures. Un mouvement lent est de toutes façons spontanément plus contrôlé qu’un mouvement rapide. Il faut ici un incertain entraînement au relâchement musculaire pour obtenir une lenteur que l’on pourrait qualifier de « ni retenue, ni dirigée ». (…)
Être dans la lenteur, c’est être simplement dans le temps du corps, le temps de l’écoute, le temps de la rencontre, sensible. La lenteur, c’est une densité de l’espace, et une intensité du temps ; elle est le rail sur lequel la conscience se pose et voyage au sein du corps. C’est la voie d’accès à la profondeur du corps et à l’émergence de l’intériorité. Elle signe le passage entre le faire et l’être.

Ève BERGER, LE MOUVEMENT DANS TOUS CES ÉTATS, Point d’appui, 1999, p. 99 et sq.

être de nouveau soi-même

La maladie est la manifestation d’un déséquilibre interne. Cette expression du déséquilibre concerne souvent l’être tout entier. En pratique, elle peut-être plus facilement identifiable sur l’un des trois plans de l’existence : physique, psychique ou spirituel. La médecine chinoise cherche à agir de manière concomitante sur le niveau physique et psychique (médecine psycho-viscérale). La méthode Ehrenfried cherche une solution par l’éducation du corps. D’autres thérapeutiques ne considèrent que l’expression pathologique du psychisme et dénoue l’écheveau de la maladie à partir des émotions. Le but est toujours de chercher à guérir la totalité de l’être, dans son unité, pour être de nouveau soi-même.

« Ce qui guérit, c’est de ramener un patient qui n’est pas tout à fait lui-même à être de nouveau tout à fait lui-même ».

Edward Bach

éveil et présence dans la pratique

Dans la vie normale, habituelle, ordinaire, il y a un manque d’éveil et de présence dans les expériences que nous vivons, qu’elles soient du domaine de l’émotionnel, de la sensorialité, de la mémoire ou autre encore. C’est justement cet état que les phénoménologues, comme Husserl, on nommé attitude naturelle, et qui est d’appréhender le monde comme quelque chose d’évident, d’immédiatement « donné ». Toute l’attitude des phénoménologues consiste à regarder ce comportement naturel comme une forme d’aveuglement et d’obstacle à la perception profonde de l’expérience dans toutes ses modalités (sensorielles, émotionnelles, pensées). (…)

Les phénoménologues appelaient « réduction », la suspension de ce comportement naturel, afin de pouvoir apprécier l’intensité et la profondeur de l’expérience immédiate. L’expérience vécue peut-être précisément définie dans ce cadre : c’est l’expérience, mais « révélée » par la réduction. Réduction veut donc essentiellement dire arrêt de tout l’automatisme habituel, de tous les flux, de toute la continuité de l’activité mentale, pour faire en sorte que l’expérience redevienne brillante, fraîche et neuve. C’est cela qu’exprimait Husserl quand il caractérisait la tradition phénoménologique comme étant le fait de « revenir aux choses mêmes » ; ce qui ne doit pas être compris comme étant une sorte d’objectivisme étrange, mais plutôt comme le fait de laisser l’expérience redevenir épaisse et pleine. (…)

Mais cette présence attentive, comme l’ont dit également les phénoménologues, n’est pas spontanée. Il faut la cultiver, en faire l’apprentissage et, comme tout geste, la répéter, l’acquérir de façon très progressive. On passe donc par toute les étape de l’apprentissage en commençant par être débutant, puis par avoir une certaine habileté, jusqu’à arriver à un niveau de maîtrise ou la technique n’est même plus nécessaire. Et alors l’attitude de lâcher-prise et d’espace devient totalement inséparable de la vie quotidienne.

Le corps et l’expérience vécue ; Francisco Varela.
Les Chemins du Corps ; Albin Michel, 1996

médecine curative, médecine préventive

Par tradition, la médecine est conçue pour l’homme malade. Elle est tournée vers la réparation de la maladie à n’importe quel prix. Cependant, la médecine ne doit-elle pas sortir de sa « fonction curative », hypertrophiée, coûteuse et insupportable à terme sur le plan économique ? L’aménagement de la « fonction préventive » ferait évoluer la médecine du seul versant maladie/mort vers l’autre versant, celui de la santé et de la vie. Elle serait alors conçue pour les hommes bien portant, et pas seulement pour les hommes malades. (…) Si la médecine curative est plutôt l’affaire d’individus, les malades et les médecins, la médecine préventive est l’affaire de tous. (…) 
Sur un bateau, tous les hommes doivent être bien portants(…).  Le médecin de bord n’est donc pas seulement un hygiéniste, qui s’intéresse à la nutrition, aux conditions de vie sur le bateau, mais aussi un homme de prévision chargé de réunir les conditions nécessaires à la poursuite de l’objectif annoncé. Il se situe sur le versant de la prévention et de la vie, pour préserver l’équipage et pour faire vivre le bâtiment. Il ne passe du côté de la maladie et et de la mort que par accident.
Dans le même esprit, le médecin de l’ancienne Chine était rémunéré par les biens portants qui, sitôt malades, ne le payaient plus : ils devenaient ainsi des biens portants récalcitrants. (…)

LE « BUSINESS », C’EST LA MALADIE

À l’inverse, La formation de nos médecins et l’organisation de notre médecine privilégient la maladie et la mort aux dépens de la santé et de la vie. La santé est réduite par la médecine à l’état de son sous-ensemble, la maladie. (…)Le médecin est formé, conditionné, rémunéré pour cela. L’apprentissage de l’anatomie qui constitue encore une grande partie du savoir médical ce fait par dissection sur le cadavre. (…) L’étymologie même du mot « médecin » rejoint celle de soigner, de remède, d’amélioration. D’où l’idée de médecin « soignant » ou « distributeur de soins » comment on l’appelle aujourd’hui. Dès lors comment envisager une reconversion dans la prévention ? Car le business, c’est la maladie. Et tout ce qui rapporte ou permet d’être honoré dans le groupe social par les signes extérieurs de la réussite touche à la maladie : diagnostiquer, traiter opérer.
 
Docteur François RÉGNIER, LA MÉDECINE POUR OU CONTRE LES HOMMES, Belfond, 1976. p.25 et sq.

Toute vie est mouvement

Tout ce qui est animé est en mouvement. Rien de ce qui est immobile ne vit. L’eau stagnante meurt, seule vit l’eau courante, l’eau vive.
De même pour notre corps ; pour qu’il vive véritablement il ne doit être ni immobile ni stagnant. Or, nous portons en nous, certaines parties immobiles ou stagnantes. Elles sont, depuis toujours, ou très longtemps inemployées, et s’amoindrissent faute d’être sollicitées et utilisées. Elles affaiblissent notre corps et diminuent non seulement sa vigueur physique mais aussi c’est facultés intellectuelles et mentales ; elles gênent la circulation de l’énergie, font obstacle à une perception d’ensemble, rompent l’harmonie. Aussi le mouvement se révèle-t-il indispensable pour la vie et l’épanouissement de tout notre être.

James KOU. Tai Chi Chuan – Harmonie du corps et de l’esprit. FFTCC 1979, p.13

Le qigong est-il taoïste ou confucéen ?

Voilà une question bien caricaturale qu’on entend trop souvent, tout aussi caricaturale que l’opposition convenue entre un taoïsme érigé en archétype du lâcher-prise et un confucianisme stigmatisé comme modèle de rigidité. Le mode Yin-Yang permet de sortir de ce faux dilemme. Le qigong, comme tout art chinois, n’est ni taoïste ni confucéen exclusivement ; comme tout ce qui est chinois, il relève à la fois de l’un et de l’autre sans antinomie, mais par cycles consécutifs. Tout art chinois, physique, artistique, moral, est avant tout un cheminement.
Le confucianisme jouit en Occident d’une image déplorable, toute faite de rigueur, de soumission à l’autorité, d’obéissance aux règles, de dévalorisation des femmes et de mépris du corps. Cette caricature, qui aurait horrifié Confucius sur lui-même, n’a que peu de rapport avec le message de droiture morale et d’exigence personnelle qui fonde l’enseignement du sage de Qufu (…).
À l’inverse, le taoïsme jouit d’une image lénifiante, qui en fait une sorte de credo cotonneux et confus grâce auquel chacun peut trouver son épanouissement personnel par l’harmonisation des contraires et la fusion avec le grand tout, pourvu qu’il accepte de ne pas trop réfléchir. Lao Zi est certes un très bon guide pour qui cherche à être plus à l’écoute de son corps, puisque les pratiques physiques taoïstes amène chacun à la développer en soi la perception du souffle interne, ce flux invisibles qui échappe à la perception mentale. Mais en même temps, tout pratiquant sincère le sait bien, l’apprentissage de n’importe quel art physique chinois, qigong, taijiquan, etc., n’a rien d’un long fleuve tranquille. Cela ressemble plutôt à une démarche exigeante qui demande résolution, endurance et ténacité, des qualités typiquement confucéennes.(…) Lao Zi apprend à être confucéen d’une manière légère ; Confucius enseigne à être taoïste d’une manière sérieuse.

 

Cyrille J.-D. JAVARY ; YIN YANG ; Albin Michel, 2018, p. 139

L’homme nait souple et mou.

L’homme nait souple et mou et meurt dur et rigide ; les arbres tendres et flexibles en naissant, une fois mort, sont secs et cassants.
C’est pourquoi il est dit : « le dur et le rigide sont les féaux de la mort, le tendre et le flexible les féaux de la vie. »

Rien de plus faible et fluide que l’eau, mais pour entamer ce qui est dur et fort, rien ne la surpasse, rien ne la remplace. Que l’eau vainque le dur comme le faible le fort, dans l’empire nul ne l’ignore mais nul n’en tire la leçon.

Le Lao-Tseu – Traduction Jean Levi – §76 et §78 – Albin Michel 2009 p.92 et sq.

La maltraitrance médicale

Excellent numéro 137 d’Alternatif Bien Être qui s’ouvre sur un entretien avec le Dr Marc Zaffran. S’il évoque surtout la maltraitance médicale dans la pratique de la médecine occidentale, son discours nous interroge sur la relation soignant/soigné.
Sans doute excessif dans sa généralisation, un article qui pousse à réflexion.

Quelques extraits de cet entretien :

La difficulté pour une personne qui se spécialise dans le soin, c’est qu’elle devient une figure d’autorité. Alors, la tentation est grande pour elle d’utiliser ce pouvoir à son propre profit. Certains médecins s’interdisent cette position de pouvoir. Ce sont des soignants. D’autres en abusent et cessent d’être des soignants.
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(Les médecins) se sentent souvent investis d’une mission : « sauver l’âme » du patient en lui indiquant la bonne voie. S’il n’obéit pas, ils le vivent comme une trahison et le condamnent. Or, soigner, c’est soutenir et accompagner, pas condamner.
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La médecine occidentale, en particulier française, ne respecte pas la physiologie et le ressenti des gens. « Ce n’est pas ce que vous ressentez, mais ce que je pense qui compte » : telle est la posture de beaucoup de médecins français, porteurs d’une idéologie missionnaire qui induit des rapports de force et de jugement. Il faut alors se poser la question : un médecin qui a un mode relationnel autoritaire peut-il être un soignant compétent ? Je pense que non.
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Sur les bancs de l’école de médecine, on apprend aux étudiants que seuls les plus brillants auront le concours et que seule la crème de la crème pourra faire une spécialité ou devenir professeur. Ce qui revient à dire que seuls les moins bons seront au contact des malades, puisque l’immense besoin de soin concerne les soins de proximité. C’est une particularité française. En 2007, Il existait un seul professeur en titre de médecine générale en France.
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…la douleur est encore considérée comme un symptôme et non comme un mal à prendre en compte et à traiter. On ignore que la soulager participe à la guérison, puisque la personne respire mieux, est moins stressée, son système immunitaire répond mieux, etc. Corollaire de cet état d’esprit, la parole du malade n’est pas prise au sérieux. (…) En France, pendant mes études, on m’a appris à ne surtout pas laisser le patient s’égarer dans des considérations sans intérêt et à ne pas trop l’écouter. On reçoit encore des gens qui souffrent et si on ne trouve rien, alors on leur dit qu’ils n’ont rien et que c’est dans leur tête ! C’est une posture de classe.

…et de conclure :

Tout discours qui cherche à vous contraindre par le sarcasme, la menace, la culpabilisation ou l’humiliation est nul et non avenu. Quand un médecin a ce type d’attitude, n’hésitez pas à répondre : « Je ne suis pas un enfant. Si vous n’êtes pas prêt à me respecter et à soutenir mes choix et mes décisions, vous ne méritez pas ma confiance ».

 

 

Marc Zaffran, alias Martin Winckler

Le docteur Marc Zaffran, alias Martin Winckler, s’est fait le défenseur de l’éthique médicale, thème qu’il a traité dans deux romans à succès, La Maladie de Sachs en 1988 et Le Chœur des femmes en 2009. En 2016, il a publié Les Brutes en blanc, réquisitoire sévère contre la maltraitance médicale en France.

Alternatif bien être